Paroles de Caulier

Si vous nous suivez sur les réseaux sociaux, vous êtes peut-être au courant de l’un de nos derniers projets : Paroles d’habitants sur le quartier lillois Caulier. Il s’agit d’un partenariat avec le Centre Social Albert Jacquard ainsi que la poétesse et musicienne Pipo Solo 

Le nom du projet est plutôt clair. Notre mission aussi : récolter les paroles des habitants d’un quartier un peu particulier de Lille : Caulier. Depuis le mois de novembre, nous avons rencontré six habitant.e.s aux profils bien différents et aux histoires qui s’entremêlent pour n’en raconter qu’une seule.

Caulier, le “mouchoir de poche”

Dans un premier temps, nous avons arpenté le quartier de long en large avec Sophie du centre social Albert Jacquard. Elle nous a expliqué sa vision, un peu d’Histoire et beaucoup d’histoires, des anecdotes (parfois drôles, d’autres fois plus graves); elle nous a montré les lieux forts du quartier, présenté des personnes que nous pourrions interviewer. Elle a mis en lumières les forces et les faiblesses de ce quartier aussi grand qu’un « mouchoir de poche ». Ses forces ? Bien sûr, ce sont les habitant.e.s qu’elle côtoie quotidiennement dans le cadre de son travail. La faiblesse de ce petit bout de Lille : sa situation géographique qui ne l’identifie ni à Fives, ni à Saint-Maurice en raison des remparts, de la voie rapide ou encore des rails de chemin de fer qui, comme des frontières, délimitent les rues. 

Début des tournages

Nous avons donc suivi les conseils de Sophie qui nous a mis en contact avec Timothée de la ferme des Dondaines ou encore Tassadite, une habitante de la rue de l’Alma. Au fil de rencontres et d’appels, nous avons fait la connaissance d’Antonio, Solveig, Aline ou encore Omar. Ce sera au travers de leur portrait que nous raconterons Caulier. D’une rue à une autre, d’un parcours de vie à un autre ou tout simplement d’une personnalité à une autre, la vision diffère. Et puis, à ces témoignages, nous ajouterons le nôtre : celui d’une vision muette faite d’images, de lumières, de géométries et de contrastes. Nous avons passé des heures à marcher, observer et enregistrer des instants au travers d’un regard extérieur au quartier. Peut-être que ces images montreront à celles et ceux qui connaissent trop bien ce lieu ces détails qu’ils voient mais ne regardent pas ou plus. 

Interviews

Les questions posées aux personnes interviewées tournaient beaucoup autour du subjectif. Nous voulions d’abord connaître le lieu auquel nous avions décidé de les identifier : la ferme urbaine pour Timothée, le Centre Alma (annexe du Centre Social Albert Jacquard) pour Tassadite, la Cité Saint-Maurice pour Antonio, le jardin des Maguettes pour Solveig, la place Caulier pour Aline et enfin, la boulangerie pour Omar. Nous avons cherché à connaître l’Histoire de certains de ces lieux; comment c’était avant, ce qu’il y avait, les luttes qui ont levées leurs habitants, les mutations, etc. Antonio, habitant du quartier mais surtout sociologue, nous a livré les passionnantes recherches de sa thèse. Tout d’un coup, on comprend la solidarité d’Omar qui fait crédit à celles et ceux qui galèrent à boucler les fins de mois, le sourire et la gentillesse de Tassadite malgré les difficiles épreuves qu’elle a traversées, la nostalgie d’Aline, les efforts de Solveig pour créer une vie de quartier autour du jardin des Maguettes, ou encore l’investissement de Timothée pour donner « un peu de bonheur aux habitant.e.s ». 

Nous avons demandé à chacun.e de parler de la vie de quartier, de ses points forts ainsi que de ses points faibles. De raconter un souvenir : le premier qui leur venait à l’esprit. Nous voulions connaître la place de chacun.e sur cet espace , en tous cas, la place qu’ils ou elles se donnent : « qu’apportez-vous au quartier, selon vous ? ». L’idée est de trouver une continuité dans tous ces témoignages, qu’une parole fasse écho à une autre, qu’une histoire en lance une autre. Nous, extérieures à ce petit bout de Lille, peut-être, avons-nous l’oreille, l’oeil et la distance pour le raconter assez objectivement pour ne pas interférer dans ses histoires ? … Et assez subjectivement pour y apporter une touche sensible ?

Projection et concert

Ce travail de reportage sera projeté un jour ou l’autre sur le quartier. Au centre social ? A la ferme ? Au jardin des Maguettes ? Les possibilités sont multiples mais la situation, telle qu’elle est en ce moment, ne nous laisse peu prévoir à l’avance. Quoi qu’il en soit, ce film fera écho aux textes et à la musique de Pipo Solo qui nous a accompagné lors de ces interviews. Elle a fait tourner ses oreilles à plein régime, à noter dans son petit carnet des mots lâchés « en off », à imaginer des musiques qui correspondent chacune à une personne interrogée, a mis en poésie ces histoires livrées et… a même enregistré une introduction pour notre film. Alors ? Vous imaginez le tableau ? Du soleil, de la joie, un p’tit concert par-ci et un film par-là… Enfin, c’est comme ça que nous, on a envie d’imaginer la projection-concert de cette collaboration. On a encore le droit de rêver, quand même !